© 2025 Tous droits réservés - Chuglu
- Mail : chuglucollectif@gmail.com
- Tel : +33 6 35 54 75 07
(C) Dans tout ce que nous faisons nous sommes toujours des artistes et des citoyen·nes. En premier lieu, le fait d’être un groupe produit un effet autour de nous. Parce qu’on ne joue pas à être un groupe, on l’est véritablement. Donc on s’organise, on se parle, on se dispute, on fait des blagues. On est bien plus présent·es que dans la représentation, sincèrement ancré dans le vivant tel qu’il fonctionne déjà. À l’inverse du spectacle vivant, on ne répète pas, on ne performe pas des rôles, on n’improvise pas. On est là et on vit. Tout ce que l’on présente, de nos installations, à nos traces, jusqu’à notre communication… Tout est pris de manière artistique et tout fait art : les sachets des clémentines, les bons de massage gratuit, le ponton en bambou,la dégustation de la soupe…
(AB) Une de vos matières premières – ou peut-être même condition – pour que vos happenings agissent est la participation de ce que nous appelons dans notre jargon professionnel « publics », mais qui sont simplement des passant·es et des usager·ères des espaces où vous vous installez. Comment rendre compte de ces participations ?
(C) Pour chaque happening, l’un·e de nous a le rôle de témoin. Il s’agit de consigner par écrit toutes les interactions, les moments vécus, les réactions, les paroles échangées, les blagues faites, les anecdotes. Tous ces résidus oraux deviennent ensuite un récit, mi-fictif, mi-documentaire. C’est un réservoir d’histoires qui s’étoffe au fur et à mesure, et qui déclenche des aventures, parce que nous les re-racontons dans d’autres contextes. Chaque happening est un prétexte à raconter et nous sommes avant tout des conteureuses.
(AB) Avant chaque célébration, vous avez passé presque une semaine sur place, en arpentant les rues de Blanquefort pour collecter des légumes pour la Soupe au caillou ou en construisant dans le Parc du Bourdieu une structure avec les bambous du parc. La célébration, elle, ne dure que quelques heures. Est-ce un déséquilibre ?
(C) Effectivement, si on ne s’arrête qu’au calcul et à la donnée chiffrée de la durée, c’est évidemment disproportionnel, comme la cuisine ou comme un mariage. Pourtant, c’est là notre recette magique. On y passe beaucoup de temps, on veut être très généreux·euses, donner beaucoup à voir et dépenser une énergie énorme et c’est toujours le temps juste. C’est ce qui fait que chacune de nos propositions fonctionne.Ce temps de montage, c’est aussi l’occasion de laisser les terrains agir sur nous, de nous renseigner sur les dynamiques des lieux, les habitudes des habitant·es. C’est un temps où nous sommes présent·es, actif·ves, où le contexte culturel et événementiel n’est pas encore posé. On est encore dans le réalisme magique, en dehors d’un programme, d’une médiation. Comme tout n’est pas donné, les gens sont curieux, nous posent des questions et cela fait aussi partie de l’expérience totale. Certain·es ne nous croisent qu’à ce moment-là, pendant la préparation et non l’activation, mais iels auront participé quand même et pourront se raconter une partie de l’histoire. »
Interview, Andréanne Béguin, 2025.
« En trois semaines, iels en viennent à bout, après avoir sculpté dans ce papier déroulé une salle de sport, une scène-monticule pour karaoké, des galeries souterraines façon tunnels de campagnols des villes, des matelas pour sauts de l’ange, un ring géant pour un nouveau type de lutte avec armures de papier, des batailles de boulettes de feuillets, un ballroom de déguisements de chiffons, bref : le sbeul est généralisé. »
« Le groupe Chuglu hante Marseille et le monde. Mais il est le contraire d’un spectre. Si vous voyez des gens déménager des meubles sans savoir où ils vont, des clémentines qu’il faut se mettre à dix pour n’en manger qu’une seule, des transhumances urbaines de centaines de ballons de foot rapiécés, des manifestations d’enfants autoritaires, des soupers de pierre servis en pleine rue et des cavernes sur le vieux port où l’on vend pour gratuit des vêtements trop chers, c’est probablement que vous avez été témoins d’une malice de Chuglu, que vous avez été frappé par le Chuglu, qu’il vous a joué une farce impossible et qu’il ne vous est plus possible de discerner le quotidien de la révolte. Craignez du haut de votre Hilarité l’attaque soudaine de ces ex-« barbares nihilistes » de l’art, ce Groupe qui n’est pas un Collectif, ce Collectif piqué de réunionnite incessante, dont la seule forme d’unité est l’embrouille. Si vous vous dîtes, au détour d’une rue d’une de ces capitales, témoin d’un geste infinitésimal où se produit un tout petit écart, que c’en est trop, qu’il faut se révolter et qu’y en a marre d’être liés comme des rôtis, c’est probablement que vous avez été pris par une fièvre, cette fièvre, on l’appelle CHUGLU. »
Lundi Matin, 2025.
« Démonstrations de solidarité, les actions du collectif Chuglu rassemblent un certain nombre de personnes qui se portent les unes les autres, au sens propre et figuré. Porter, c’est un mouvement qui consiste à produire en soi quelque chose dont le devenir nous échappe et nous reste inconnu. On ne sait pas ce que l’on porte. L’arbre qui porte ses fruits ne sait pas à quoi ressemblera la forme ou l’odeur de ce qu’elle engendre en soi. Porter, c’est aussi attendre. C’est le nom qui désigne tout ce qui se passe dans l’entretemps où rien n’arrive. Et c’est aussi et surtout le nom d’un processus de dépassement de soi. Rien d’étonnant, finalement, à ce qu’on passe son temps à se porter les uns les autres. Porter apparaît de toute évidence comme l’action qui permet de donner à voir la transfiguration de l’individuel en collectif. C’est la meilleure démonstration d’une mise en commun. »
[…]
« Les actions réalisées par le collectif Chuglu sont souvent des démonstrations. Une démonstration, c’est l’action de montrer le fonctionnement de quelque chose, et de manifester des affects à travers des gestes et des signes. Leurs actions de groupe montrent le fonctionnement même d’un collectif, ce sont des démonstrations de l’énergie qu’il déploie et de la capacité d’agir qu’il suscite. Elles manifestent, par l’intermédiaire des gestes qu’elles font advenir, un certain nombre d’affects qui portent celles et ceux qui y participent, ce sont des démonstrations d’enthousiasme et de solidarité. »
Vanessa Brito, extrait du texte « Etre porté », 2018.
© 2025 Tous droits réservés - Chuglu